🎙️ Dans ce nouvel épisode d’À vous le Micro-Commerce, rencontre Virginie Voncken, créatrice d’un vestiaire raffiné en fibres naturelles, fabriqué en France, où chaque pièce incarne une vision exigeante et poétique de la mode 🌿✨ À travers sa marque, Virginie développe une approche singulière du vêtement, fondée sur un concept sans teinture, le “CRU”, et une technique artisanale unique appelée Cueillette. Ici, les plantes ne sont pas une simple inspiration : elles deviennent matière, appliquées directement sur le textile pour révéler leurs empreintes, sans traitement chimique 🌸🧵
Animée par une recherche d’authenticité et de sens, elle imagine un vestiaire contemporain en éditions limitées, façonné avec des matières nobles et un savoir-faire local, où le temps, le geste et la nature reprennent toute leur place.
Dans cet épisode, Virginie partage son parcours entrepreneurial, ses choix forts, des matières à la fabrication jusqu’au rythme de production, ses défis, et ses conseils pour entreprendre avec exigence, en restant fidèle à sa vision, même à contre-courant 💬
Bienvenue à tous ceux qui sont curieux de découvrir des récits inspirants d’hommes et de femmes entrepreneurs. Ici, nous sommes dans le podcast « À vous le micro-commerce » de notre plateforme microco.com. Chaque mois, on part à la rencontre d’un entrepreneur pour explorer son parcours et les coulisses de son activité. On y découvre ses ambitions, ses freins, ses fiertés, en bref, son quotidien. Aujourd’hui, on part à la rencontre de Virginie Voncken, une créatrice d’exception qui a créé une marque haut de gamme de vêtements et de bijoux.
C’est parti !
Bonjour Virginie.
Virginie : Bonjour Coralie.
Bienvenue. On est ravis de t’avoir dans notre podcast. J’aime bien commencer par une question simple, mais qui n’est pas si simple à développer : est-ce que tu peux nous décrire qui tu es en trois mots ?
Virginie : Je suis Virginie Voncken, et je me définis comme une créatrice de vêtements et de bijoux, et non pas de mode. C’est important, je pourrai développer après. Je suis aussi engagée que poétique.
Magnifique. Et dans la vie de tous les jours ?
Virginie : Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de très passionné, qui a toujours créé, même avant de savoir marcher. Je suis maman de deux enfants, et je suis aussi une passionnée de danse.
Magnifique. Sûrement que la danse est aussi une source d’inspiration pour toi.
Virginie : Oui, tout à fait. Au quotidien, le rapport au corps, à la féminité, au mouvement, c’est quelque chose qui me nourrit énormément et dont j’ai besoin. Je ne peux pas me passer de ces deux activités.
Quel a été ton parcours avant de devenir entrepreneure ? Est-ce que cela a été une reconversion ?
Virginie : Non, ça a plutôt été une suite logique de ma carrière. Comme je le disais, depuis que je suis toute petite, je crée. Je dessinais avant même de savoir marcher. J’ai marché très tôt, donc je dessine vraiment depuis le début.
Comme je dessinais beaucoup, mais que j’étais aussi bonne élève, cela s’est fait un peu par hasard. Au moment de l’orientation en troisième, j’ai dit que ce qui m’intéressait vraiment, c’était de dessiner. Comme j’étais très bonne en maths, mes professeurs n’étaient pas forcément d’accord.
Heureusement, mon père avait eu envie d’entrer à Duperré quand il était très jeune, mais il était trop jeune. Il avait passé le concours, mais vu son âge, ce n’était pas possible. J’ai ensuite fait les portes ouvertes de l’école Estienne, et je me suis dit : c’est ça que je veux faire.
Dès le baccalauréat, j’ai donc fait un bac d’arts appliqués, suivi d’un BTS mode à Duperré, puis d’un diplôme supérieur d’arts appliqués, également à Duperré.
Pendant l’école, j’ai eu la chance de faire des stages où l’on m’a fait travailler, parce que j’envoyais mes dessins. Mon coup de crayon m’a permis de vivre des expériences incroyables avec les créateurs de l’époque. J’ai commencé par un premier stage chez Christian Lacroix, où je peignais à la main avec une autonomie complète.
En quelle année à peu près ?
Virginie : C’était autour de 1996 ou 1998, quelque chose comme ça, au siècle dernier. Après cette expérience absolument formidable, où j’ai vraiment eu le champ libre, j’ai aussi participé à un concours de dessin pour la collection de Jean Paul Gaultier, qui s’appelait JPG à l’époque. C’était une collection de jeans un peu plus accessible aux jeunes.
Le concours était coorganisé avec les Galeries Lafayette. J’avais fait une énorme peinture où j’avais entrelacé des androgynes et brodé des préservatifs. À l’époque, on était en plein dans les années sida, donc c’était très fort comme sujet. J’ai été sélectionnée et j’ai gagné ce concours.
Finalement, ils cherchaient quelqu’un à embaucher en tant que graphiste. Moi, je suis arrivée du haut de mes 20 ans, je crois, et ils m’ont proposé d’intégrer le studio couture pour assister la créatrice des bijoux du défilé couture. Cela s’est tellement bien passé que je suis restée pour un second stage.
À l’époque, Jean Paul Gaultier faisait partie des figures emblématiques de la mode. C’était vraiment l’apogée de ce qu’il faisait. Une période incroyable. Mon cœur était rempli. J’ai découvert l’univers de la couture, les ateliers, des finitions comme on en voit de moins en moins aujourd’hui.
De moins en moins, oui.
Virginie : À la suite de ça, j’ai commencé à travailler assez rapidement à la sortie de l’école pour une marque que je n’aimais pas vraiment à l’époque. Je suis entrée pour un mois chez Lacoste, pour faire des illustrations. À ce moment-là, c’était une marque un peu vieillissante, qui perdait de son énergie et de son aura.
Il n’y avait pas encore eu la renaissance de Lacoste.
Virginie : Exactement. Je suis entrée dans cette société, une maison familiale qui existait depuis longtemps. La particularité de Lacoste, c’est qu’ils avaient leurs propres machines de fabrication de tissus. Il y avait aussi Petit Bateau à l’époque, je crois, mais beaucoup de marques faisaient déjà fabriquer par des ateliers externes.
J’ai donc eu la chance de travailler avec des gens qui avaient 40 ans de métier : des ingénieurs textiles, des modélistes, des personnes qui connaissaient le métier comme personne. J’ai travaillé directement avec eux en sortie d’école, et cela a été extrêmement formateur.
C’était une société qui faisait du sportswear, donc rien à voir avec ce que j’avais vu auparavant, mais c’était très complémentaire. Je me suis découvert une passion pour la technicité : développer des tissus qualitatifs, qui tiennent dans le temps, qui gardent leur couleur, qui ne vrillent pas. C’était une découverte passionnante.
Ce n’est donc pas une reconversion, mais plutôt un bond que tu as fait, à un moment donné, dans l’entrepreneuriat.
Virginie : Oui. J’ai eu plusieurs postes au cœur de la création, du prêt-à-porter et du vêtement haut de gamme. Jusqu’au jour où, après une vingtaine d’années, une fois partie de chez Lacoste, j’ai été directrice du style chez Jacadi.
Là, j’ai eu une vision plus globale, plus 360 degrés. Je travaillais les produits, mais aussi avec les équipes marketing, pour penser la marque de manière plus globale et la faire renaître.
Je commençais déjà à sentir que j’avais un peu fait le tour. Et pendant toute cette période, quelque chose de très structurant pour moi, c’est que je suis très sensible et très empathique. J’ai vu ce que la mondialisation et la fast fashion avaient fait à l’ensemble du secteur, même si je ne travaillais pas moi-même dans des sociétés de fast fashion.
Cela commençait à me déplaire. Au début, j’avais accès aux plus belles choses, à des produits pour lesquels on prend le temps. Et plus le temps passait, plus je voyais que cela ne me convenait plus. J’avais l’impression de participer à quelque chose qui n’était plus aligné avec moi.
Même si je travaillais avec de belles usines, je commençais à aller de plus en plus loin, notamment en Asie. J’ai une anecdote assez frappante : un jour, je suis arrivée dans une usine où il y avait 50 000 personnes. Il y avait des zones immenses, presque comme des districts à la Hunger Games : 20 000 personnes pour la teinture, 20 000 autres pour le tricotage.
Et mon corps a parlé. Je n’y arrivais plus. J’ai perdu l’équilibre. Mon oreille interne m’a dit : “Qu’est-ce que tu fais là ? Ça ne va pas du tout.” Je travaillais pourtant de beaux produits dans de belles usines, je n’étais pas dans des conditions impossibles au Bangladesh, mais je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui ne me correspondait plus.
J’avais aussi des souvenirs d’enfance. J’avais peu de vêtements, mais ils étaient bien faits. Ma maman cousait. À l’époque, il n’y avait pas encore toutes ces marques pour les adolescents. Je me souviens encore des textures, du toucher, des couleurs.
Puis, petit à petit, même moi, j’ai acheté des choses parce qu’on me disait : “Ce n’est pas cher.” J’achetais, puis je regardais et je me disais : “Mais je l’ai déjà” ou “Je ne l’aime pas tant que ça.” Au bout d’un moment, je me suis dit que ça n’allait plus. Il fallait que j’arrête, parce que ce n’était plus en phase avec moi.
Et ensuite, je me suis dit que c’était trop bête, parce que moi-même, en tant que consommatrice, je ne trouvais pas forcément ce qui me convenait.
Tu as donc eu à la fois un rejet de ce qui se passait dans le secteur de la mode et une étincelle, en te disant que tu avais envie de contribuer à ce que le secteur aille dans le bon sens.
Virginie : Oui. Je me suis dit que c’était trop dommage de ne pas utiliser tout ce que j’avais vu, mes connaissances, et aussi ma grande ténacité. S’il y a une chose qui me définit, c’est que je ne lâche jamais rien, que ce soit pour une étiquette, un zip, un tissu ou une façon de faire.
Puis le Covid est arrivé. Là, j’ai listé tout ce qui me dérangeait, tout ce que je trouvais manquant. Avec beaucoup d’humilité, évidemment : il n’est pas question de dire que je résous tous les problèmes. Ce n’est pas le sujet. Mais je me suis dit : plutôt que de ne rien faire et de courir vers autre chose, fais-le.
J’ai donc défini ce qui, pour moi, était mieux. Bien sûr, le mieux serait de ne rien faire du tout. Mais on ne va pas se mentir, il faut bien continuer à se vêtir. La seconde main, ce n’est pas forcément pour tout le monde : il n’y a pas toutes les tailles, tous les besoins. Je me suis donc dit qu’à mon échelle, j’allais apporter quelque chose.
À force de lister ce qui n’allait pas, j’ai identifié la teinture, qui pollue. Je me suis demandé : pourquoi ne pas faire une ligne sans teinture ? C’est devenu mon premier concept.
Ensuite, j’ai découvert la teinture naturelle. Je me suis formée à cette technique. Je me suis dit que c’était beaucoup plus cher, beaucoup plus lent, mais que cela valait la peine d’être exploré. L’idée était de faire des choses bien faites, le plus localement possible, avec des matières naturelles qui se biodégradent et qui ne polluent pas.
J’adore travailler sous contraintes. Je me suis donc imposé toutes les contraintes du monde, en me disant que le produit final devait aussi porter une touche de personnalité. C’est quelque chose qui, selon moi, manquait parfois dans ce qu’on appelle la grande famille de la mode durable. Je ne veux viser personne, mais je trouvais que les engagements étaient souvent partiels. J’ai donc essayé de faire au maximum des lignes qui répondent à chaque sujet.
Pendant le confinement, tu n’étais plus en poste et tu commences à imaginer la marque qui deviendra VIRGINIE VONCKEN, cette marque éponyme qui porte ton nom et que tu as créée ensuite. Est-ce qu’à ce moment-là, tu commences à préciser les choses ? On peut peut-être raconter ce qu’est aujourd’hui cette marque, puis revenir sur les grandes étapes de création pour arriver à une collection de vêtements et une collection de bijoux.
Virginie : Une fois que j’ai listé tout ça, j’ai commencé à dessiner avec des méthodes de grandes maisons de couture. Parfois, dans mon parcours, je gérais 800 vêtements. J’ai donc fait une énorme collection, que je trouvais petite au départ.
J’ai beaucoup dessiné. J’ai besoin de travailler beaucoup, non pas pour me rassurer, mais parce que je sais que lorsque je tiens longtemps, quelque chose de mieux arrive. À un moment donné, je n’ai plus rien à dire sur le sujet, et je sais que je suis arrivée au bout.
Je regarde beaucoup de choses, puis je les enlève de mon regard et je dessine pendant des heures. Je cherche, et à un moment donné, je le sens. Cela va peut-être paraître mystique pour les plus cartésiens, mais je me dis : là, je tiens quelque chose.
J’ai donc dessiné des pièces avec une contrainte : des fibres naturelles. Tout le reste, même de très beaux polyesters, je les ai écartés. J’ai construit un plan de tissus, puis j’ai décliné les formes.
Je voulais aussi que cette marque soit inclusive. Moi-même, je ne fais pas un 38, et souvent, quand j’arrive dans certaines marques, on me dit avec un petit air dédaigneux : “Non madame, nous n’avons pas votre taille.” Je n’avais pas envie de faire ça.
Je trouve qu’il est très dur de s’habiller en France, beaucoup plus dur qu’au Royaume-Uni, en Allemagne ou aux États-Unis. C’est très français, cette pression sociale sur le paraître, l’extrême minceur. Je me suis dit que si je lançais une marque, je ne voulais pas exclure les gens.
Bien sûr, je ne peux pas aller sur toutes les tailles extrêmes, pour des raisons de budget. Mais la marque va du 34 au 46. Je propose aussi deux longueurs de jambes pour les jeans. C’est important pour moi, parce que j’avais envie d’offrir un vrai service.
Des vêtements, je sais en faire. De beaux vêtements, des vêtements simples, sportifs, j’en ai fait. Mais je me suis demandé ce que je pouvais apporter d’autre. Je ne peux pas concurrencer des marques qui ont d’énormes budgets et qui font des choses très accessibles et très marketing.
C’est pour ça que je dis que je ne fais pas de la mode, parce que la mode ne m’intéresse pas tant que ça. Je pense que je fais plutôt de la poésie, et mon médium, ce sont les vêtements. Je veux magnifier le quotidien. Je veux que mes clientes se sentent bien dans ma marque, qu’elles aient 16 ans ou 85 ans.
Au début, on m’a dit : “Non Virginie, il faut choisir une cible, un âge.” Mais je n’écoute personne d’autre que moi. Bien sûr, tout est fabriqué en France. Le concept, c’est vraiment de fabriquer le plus localement possible. La confection est faite en France. Quand certains éléments n’existent pas ici, par exemple les zips, je les prends en Suisse, pas en Chine. J’ai vraiment sourcé au plus local possible.
Si on prend un exemple précis, comme la maille que tu portes, ce gilet, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur les étapes de création et de fabrication ?
Virginie : Ce gilet est particulier, parce que je me suis inspirée d’un gilet que ma grand-mère m’avait tricoté quand j’avais environ 14 ans. C’est le même point en forme de vagues. Comme la première collection est très inspirée par la nature, et notamment par la mer, cette vague m’intéressait beaucoup. Elle permet de commencer le vêtement par une vraie vague.
Je l’ai simplement un peu restructuré au niveau des épaules, avec une carrure plus petite, pour en faire une sorte de veste, inspirée du Second Empire et des blouses anciennes.
Il y a toujours quelque chose d’un peu utilitaire dans ma façon de penser. J’ai fait des manches pagode, parce qu’on a souvent des blouses avec des manches larges, et quand on a froid, on ne sait jamais quoi mettre par-dessus sans les froisser. Je voulais donc un gilet adapté à cela.
Je voulais aussi une laine française. Il faut savoir qu’en France, la laine est souvent jetée.
Ah là là !
Virginie : C’est terrible. Avec mon empathie, je me suis dit que je commencerais par de la laine française. Ce ne sera peut-être pas toujours le cas, parce qu’il a fallu retrouver des personnes capables de filer la laine. Maintenant que cela se met en place, il y a davantage de demandes.
Mais pour mon premier tricot, il était certain qu’il serait en laine française. C’est de la laine mérinos d’Arles, filée en Italie, parce qu’à l’époque, il y a trois ou quatre ans, nous n’avions pas encore de filateurs industriels capables de fournir les cônes dont j’avais besoin.
Le gilet est tricoté en Normandie. Le tricotage est assez long. Les boutons sont en nacre, gravés en France. C’est une belle nacre très épaisse, avec le logo de ma marque.
Ils sont magnifiques, ces boutons.
Virginie : Merci. Pour moi, tout est important. Même l’étiquette intérieure est en coton, pas en polyester. Mon étiquette de marque est en Tencel, avec une toute petite base de polyester. Je suis toujours très transparente, parce qu’on est parfois obligé de passer par certaines étapes techniques. Les fabricants travaillent en continu et ne peuvent pas toujours arrêter certains procédés.
Est-ce que tu peux nous dire ce qui se cache derrière la collection CRU ? Tu as déjà commencé un peu à le faire.
Virginie : Ça vient de mes bébés. Quand mes enfants étaient bébés, je ne voulais absolument pas qu’ils dorment dans des teintures potentiellement polluantes. On le sait, on l’oublie parfois, on le nie, mais la couleur peut être quelque chose que l’on garde tout le temps sur la peau, et qui peut poser des problèmes à long terme.
Je voulais donc des draps sans teinture, des petits pyjamas sans teinture, parce que quand on dort, on est en contact avec le tissu pendant des heures. J’ai trouvé quelques petites choses, puis je me suis dit que ce serait intéressant de faire une ligne entièrement sans teinture.
Cela a mûri avec le temps. Quand j’ai créé ma marque, je me suis dit que ce serait très fort d’avoir tous les vêtements toujours proposés dans une version CRU. J’aime ce mot, parce qu’on peut imaginer quelque chose d’un peu brut, presque trash, alors qu’il y a beaucoup de douceur dans ce que je fais.
Oui, j’aime beaucoup aussi.
Virginie : C’est CRU parce que c’est simplement le coton, la soie ou la laine, juste lavés. Mais c’est aussi CRU dans le sens de croire à une nouvelle voie de consommation.
Bien sûr, être tout le temps en écru n’est pas toujours possible. Mais il y a aussi les lins, les bruns, les laines marron. C’est une ligne qui existera toujours dans ma marque. Chaque vêtement sera proposé dans sa version CRU.
Aujourd’hui, combien as-tu de bas et de hauts ?
Virginie : J’ai une quinzaine de pièces en tout. Je dois avoir environ cinq bas, et le reste en hauts. J’ai aussi des foulards, qui relèvent d’un autre travail.
Quand j’ai commencé à me former à la teinture naturelle, j’ai travaillé avec une personne experte dans ce milieu. J’ai suivi deux stages différents. J’ai découvert la teinture naturelle, et pour moi, c’est de la magie.
Au départ, je devais faire une collaboration avec cette personne, puis je lui ai dit que j’étais amoureuse de la technique. Comme c’est quelque chose d’un peu incertain, où l’on ne sait pas toujours ce que cela va donner, je me suis dit que si je la faisais travailler, je risquais de ne pas être contente. J’ai donc préféré le faire moi-même.
Tu le fais chez toi ? Dans ta cuisine ?
Virginie : Dans le jardin, parce que c’est très odorant. J’ai même un petit jardin que je fais moi-même, en autodidacte. Les jardiniers seraient sûrement sévères avec moi. Je plante des fleurs tinctoriales. J’ai appris ce qui teignait, parce que tout ne teint pas. Beaucoup de choses teignent, mais tout ne tient pas.
J’ai un petit atelier au fond de mon jardin où je prépare mes mixtures comme une magicienne. Ce sont des heures de préparation. Ce que je propose là est vraiment quelque chose de plus artistique.
Quand tu déroules le travail accompli, c’est une collaboration avec la nature. Tu sais à peu près ce que tu fais, mais c’est elle qui décide.
Et c’est posé sur des carrés de soie ?
Virginie : Pour le moment, oui, sur des carrés de soie. Et très bientôt, je travaille aussi sur des tops à porter.
Attention, scoop en avant-première !
Virginie : Je travaille sur des tops, soit avec de la teinture unie, pour laquelle j’ai un partenaire afin d’obtenir un rendu vraiment sans tache, soit avec des imprimés que je fais moi-même avec des fleurs. Là, c’est de la magie absolue. Il n’y a pas un centimètre qui se répète. Ce sont donc forcément des pièces uniques.
C’est comme si on portait une œuvre d’art sur soi.
Virginie : Oui, c’est vraiment une peinture portable. C’est très chouette.
Est-ce que tu as été accompagnée dans ce parcours entrepreneurial, ou est-ce que tu t’es lancée seule ?
Virginie : J’aime bien être armée de plein de choses, cela me rassure. Je suis donc allée voir la BGE au tout début, pour comprendre ce qu’était la gestion d’entreprise, les statuts, etc.
Au moment de créer ma société, j’ai pris conseil auprès d’un comptable. Il m’a d’ailleurs très bien conseillé de faire tout de suite une EURL. Plus récemment, en 2025, j’ai suivi des cours par le biais de la CMA, sur la gestion d’entreprise et la comptabilité.
Justement, parlons de financement. Est-ce que tu as eu recours à un prêt bancaire ou à une campagne de type Ulule pour financer ton projet ?
Virginie : Non, pour le moment, j’ai entièrement financé ce projet moi-même. Mais je pense que j’arrive à une phase de développement où je vais avoir besoin de relais pour accélérer le projet.
Cela peut effectivement aider. En communication, tu as un site qui est magnifique.
Virginie : Merci.
Qu’est-ce que tu as pu développer en dehors du site ? Quels sont tes leviers pour attirer une nouvelle clientèle ?
Virginie : Quand je me suis lancée, j’ai travaillé un site Internet que je voulais comme une vitrine, mais aussi comme un site e-commerce. Nous avons travaillé très longtemps dessus.
Quand je dis “nous”, j’ai fait toute la direction artistique et le contenu. J’ai travaillé avec une photographe professionnelle et un vidéaste. C’était important pour moi de mettre en images mon univers, parce que la première collection est assez simple par rapport à ce qu’elle pourra devenir dans le futur. Je voulais vraiment montrer un univers très raffiné, avec beaucoup de douceur, et transmettre tout mon imaginaire.
Cela fonctionne très bien, parce qu’on est transporté quand on va sur ton site Internet. Cela plante vraiment le décor. Tu es quand même une marque haut de gamme.
Virginie : Oui, haut de gamme. Je ne dis jamais luxe, parce que je ne suis pas en phase avec ce que le luxe est devenu aujourd’hui. Pas le vrai luxe, dans sa définition initiale, mais ce qui se passe actuellement dans le luxe.
Je redéfinis un peu mes propres codes du luxe. J’ai envie de tracer une nouvelle voie, sans me soucier de ce qui se fait ou ne se fait pas, de ce qui est à la mode ou non. Pour moi, ce qui est intéressant, c’est de reprendre le temps.
Le site devait apporter cette notion de temps. Je ne vais pas chasser les campagnes. Des choses viendront nourrir l’univers, mais jamais pour détruire ce qui a été construit.
Pour le site lui-même, j’ai fait appel à un développeur, un webmaster très bien, qui a suivi tous mes caprices. J’ai même un petit panier en forme de fleur. La fleur, c’est une tulipe, symbole de ma marque. Pour moi, c’est un symbole de nature, de féminité, mais aussi une manière de rappeler qu’à l’image des fleurs, nous sommes toutes remarquables.
Toutes et tous, d’ailleurs, même si pour l’instant je m’adresse aux femmes. On a subi tellement de pression : ne jamais être assez grande, assez forte, assez jeune. Moi, j’ai envie de dire à tout le monde que nous n’avons pas le temps pour ces bêtises. J’ai envie de remettre beaucoup de bienveillance. Et c’est comme ça que je trouve ma cliente.
Quand j’ai lancé le site, j’ai eu un peu de bouche-à-oreille, avec des amis, un premier cercle. Mais j’ai compris que les prix que je pratiquais, pour une marque qui se lançait uniquement en digital, étaient peut-être trop élevés.
Tu as donc commencé à être présente sur des pop-up stores ?
Virginie : Oui, tout de suite.
Et aussi dans quelques points de vente multimarques ?
Virginie : Exactement. Je suis assez impatiente, même si je prends le temps. C’est très dual chez moi. Je peux mettre quatre ans et demi à développer un zip. Les fournisseurs me disent qu’ils n’ont jamais vu ça. Pendant cette période, il n’y a plus que ça qui compte : je ne vis que pour le zip.
Mais au bout d’un mois environ, je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas et que je ne pouvais pas simplement attendre. Je ne maniais pas forcément très bien les outils digitaux, mais je pense surtout que le sujet était l’adéquation avec le prix.
J’ai donc fait un test dans un pop-up partagé, et cela a tout de suite pris, plus encore que ce que j’attendais. À la base, je proposais des vêtements, mais j’avais aussi fait quelques bijoux pour la campagne, parce que tout était CRU et qu’il fallait un peu pimper l’univers. J’ai posé deux ou trois bijoux, et ils sont partis très vite.
C’est là que tu t’es dit : pourquoi ne pas lancer aussi une collection de bijoux ?
Virginie : Complètement. Comme les produits ne sont pas simplistes, mais simples, le bijou correspond exactement à ce que je veux : pimper le quotidien. J’ai tout de suite vu la réaction des gens. Comme je suis très sensible à ça, je me suis dit qu’ils étaient vraiment contents.
Tout le monde n’a pas forcément les moyens d’acheter les vêtements. Les bijoux sont plus accessibles. Cela me permet aussi de faire des choses de A à Z, puisque je les assemble moi-même dans mon atelier. J’en fais un, deux, dix, un plus long, un plus court.
Il y a donc une notion de sur-mesure, d’exclusivité et de rareté.
Virginie : Oui.
Tu travailles avec des perles naturelles, en l’occurrence. Comment sources-tu tes perles ?
Virginie : Au début, j’avais des sourceurs à Paris. Mais au moment où je me suis lancée, la perle est devenue un phénomène mondial. Hommes, femmes, tout le monde en porte. Je suis sûre qu’il doit même exister des bijoux pour chiens avec des perles.
Je trouvais donc des choses moins intéressantes qu’au démarrage, où j’avais eu la chance de tomber sur des lots exceptionnels. Maintenant, j’ai un sourcing directement en Asie. Tout est local dans ma marque, sauf le coton, que l’on ne produit pas ou très peu ici, et les perles, qui viennent forcément de plus loin.
J’ai sélectionné de bons partenaires, qui connaissent mon exigence. La perle d’eau douce est magique, parce qu’elle n’a pas de fin. Il y a des formes illimitées et des couleurs incroyables.
Je regarde en même temps tes boucles d’oreilles. On pourra zoomer dessus. Effectivement, c’est un voyage à chaque fois. C’est très poétique. Elles se trouvent où, ces perles naturelles, pour ceux et celles qui ne le savent pas ?
Virginie : Ce sont des perles naturelles de lacs, pas de rivière. Elles sont cultivées dans des lacs, justement pour ne pas faire n’importe quoi et ne pas racler les fonds partout. Elles viennent essentiellement d’Asie, pour une question de température.
Est-ce que tu peux nous partager tes axes de développement pour 2026 ?
Virginie : Oui. Après cette année de test, en magasin et sur le site Internet, je ne vais pas tout mener de front. Je vais être réaliste : pour l’instant, je suis seule.
Je pense que la priorité, c’est de m’installer. J’ai très envie d’avoir une boutique-atelier, dans laquelle je pourrai vraiment rencontrer ma clientèle. Elle est essentiellement locale, mais aussi très internationale. Cela plaît beaucoup aux touristes. Il me faut donc une belle adresse à Paris.
Ce ne sera pas facile, et c’est pour cela que je pense à un financement. Pour le coup, ce sera indispensable.
Ce serait effectivement une très belle étape d’avoir une adresse fixe, pour que les personnes puissent revenir.
Virginie : Oui, complètement. J’ai déjà des clientes fidèles, des personnes vraiment accros à la marque. J’ai aussi des clientes à l’étranger, à l’autre bout du monde. C’est fou.
J’ai plein d’anecdotes très émouvantes. Au Salon du Made in France, un couple de personnes aveugles est venu m’acheter des pièces. Je ne m’en remets toujours pas. Ils ont choisi par le toucher, en me parlant des manches, du travail, de l’irrégularité des perles. Mon cœur était rempli. Je ne m’attendais pas à ça.
Il est donc essentiel d’avoir une adresse, même si cela fait un peu peur, parce que cela fige les choses. Mais je pense que je ne pourrai pas me développer sans.
En parallèle, il est primordial que je travaille le B2B pour accélérer les choses. Puis, dans un troisième temps, même si l’année est déjà bien remplie, j’aimerais vraiment lancer davantage les bijoux. Pour l’instant, je n’en ai pas mis beaucoup sur le site, par manque de temps, mais aussi parce que je ne veux pas noyer le message. Je ne suis pas une marque de bijoux.
Tu as combien d’articles en bijoux ?
Virginie : Je pense que j’en ai plus de 200.
Tu as donc commencé à produire assez rapidement. Dès que tu peux te poser, tu crées.
Virginie : Oui. Comme je le disais, j’explore les formes pour le moment. Je ne vais pas faire uniquement des répétitions. C’est cela que je dois structurer : m’amuser un peu moins, cadrer un peu plus, pour pouvoir les proposer sur le site. Mais tout cela prend du temps.
Pour terminer, Virginie, quels conseils donnerais-tu aux personnes qui se lancent aujourd’hui dans un secteur un peu similaire au tien ?
Virginie : Le conseil que je donne, c’est vraiment de ne jamais lâcher. Il va vous arriver plein de choses, au-delà des paillettes et du succès. Il y a toujours des imprévus, et même beaucoup d’imprévus. C’est un peu comme avec les enfants : on ne vous dit pas tout.
Il faut prendre de la hauteur, du recul, et même essayer de prendre les choses avec humour. On ne va pas se mentir, c’est dur, mais cela en vaut la peine.
C’était un beau résumé. Nous étions ravis de t’avoir avec nous. On a découvert plein de détails des coulisses de ton activité, c’était vraiment très riche. Merci infiniment.
Virginie : Merci beaucoup à vous.
On te retrouve sur tes réseaux, que l’on mentionnera en commentaire de ce podcast. Très belle journée à toi.
Virginie : Merci Coralie.
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